Fondée en pleine guerre mondiale pour assurer l’approvisionnement du pays isolé au cœur de l’Europe, la flotte helvétique de haute mer a franchi ses trois quarts de siècle. C’est le 9 avril 1941 que le pavillon suisse a été créé par le Conseil fédéral avec un port d’attache théorique à Bâle, aux portes du Rhin.

Ils s’appellent «Général Guisan», «Matterhorn», «Moléson» ou «Romandie». Ces vraquiers transportent blé, charbon ou bauxite, les chimiquiers charrient des acides ou produits raffinés d’un continent à l’autre en fonction de l’offre et de la demande mondiale. Pas forcément pour la Suisse via Rotterdam et Bâle.

Trois armateurs à Zurich et trois au bord du Léman se partagent 49 cargos. La marine mondiale vit des heures difficiles mais jamais la marine suisse n’a connu autant de bateaux. La garantie financière de Berne et la concentration des sociétés de trading n’y sont pas étrangères. Avec 87’000 t, le «Tzousmaz », le «Diavolezza» et le «Bregaglia» sont les plus grands jamais construits pour la marine suisse. Ils ont été commandés à un chantier vietnamien par Suisse-Atlantique de la famille André.

Durant la dernière guerre mondiale, plusieurs cargos suisses ont subi les bombardements de belligérants. D’autres cargos ont procédé à des sauvetages, secourant des naufragés au péril de la vie de leurs matelots et officiers.

Aujourd’hui, la flotte suisse ne compte que six marins suisses, après en avoir recensé plus de 600. Le bas niveau des salaires, l’éloignement des ports et la brève durée des escales découragent les jeunes Helvètes.
Contrairement aux Philippins, Ukrainiens et Croates, les Suisses ne naissent pas marins. Ils le deviennent parfois comme le capitaine Fritz Gerber, un Bernois de l’Oberland qui avait appris le métier sur les cap-horniers et chassait la baleine en Antarctique. D’autres officiers suisses ont passé plus de 40 ans au service de la marine à croix blanche.

«75 ans de marine suisse», Olivier Grivat & Mike Gorsky, 168 p., Ed. Imagine, Genève.