Passionné par la nature et le monde qui l’entoure, Frédéric Ravatin s’est donné pour métier de faire rêver et réfléchir. Rencontre avec l’un des plus grands scénographes d’Europe.

Comment est-on amené à faire un métier aussi unique que celui de scénographe ?

Comme tout le monde, je m’intéresse à la beauté des choses. Chez moi, cela commence par une passion d’enfance qui ne m’a jamais quitté : la chasse aux papillons. Les papillons sont pour moi l’expression de l’invention de la beauté par la nature, bien avant que nous, les hommes, décidions que la nature était belle. J’aimais aussi les maths, donc tout allait bien, mais comme tout le monde, je m’embêtais à l’école, et j’amusais mes copains avec mes dessins. Quand on dessine, on ne s’ennuie jamais. Et ce merveilleux outil qui mêle le regard que l’on porte sur les choses et le voyage intérieur ne m’a jamais quitté. Je me suis ensuite dirigé vers des études d’ingénieur et ces dernières m’ont conduit par la même occasion à la rencontre de ma merveilleuse épouse, un papillon (rires) !

Au début de ma carrière professionnelle, j’ai commencé par chercher des ressources minières de par le monde. Je dois dire que dans ce domaine j’étais exécrable. Aucun des prospects sur lesquels j’ai travaillé n’a jamais rien donné. Puis je suis devenu muséographe, c’est-à-dire quelqu’un qui conçoit les musées. Le lien avec mon précédent métier est assez simple : quand vous aimez les sciences, vous avez envie d’en parler, et d’en parler bien. Et puis rappelez-vous : je dessinais tout le temps.

Aujourd’hui je suis un peu tout ça : ingénieur, géophysicien, passionné des grandes échelles, aventurier des synthèses difficiles et magnifiques.

Comment faire pour rendre un projet comme Aquatis aussi unique ?

Aquatis est unique car il ne repose pas sur une construction thématique. Il repose sur une écriture. Nous avons construit ce projet comme nous aurions écrit un film ou un livre. D’ailleurs, je dis souvent qu’Aquatis est le grand livre des eaux douces du monde. Il est différent car les ingrédients du musée ont été écartés avec respect, poliment éconduits, pourrait-on dire. Je veux parler de la lecture, qui n’est pas un mal, loin de là, mais qui s’impose dans le monde culturel avant-même que l’on ait travaillé un sujet. La lecture a été placée en arrière-plan par rapport à la contemplation, au voyage, à la dégustation. Cela a permis de libérer des forces d’évocation incroyables, et, finalement, c’est cela la magie d’Aquatis. Les choses ne sont pas forcément dites. Elles sont exprimées. Alors que les connaissances sont dans les livres, dans les encyclopédies, dans les enseignements, pourquoi le musée devrait-il reproduire ces connaissances ? Ne doit-il pas ouvrir des portes, éveiller, inciter à la curiosité? Ce que dit Aquatis, c’est que le monde est vaste, la nature est fantastiquement belle, elle a un sens profond pour nous, mais ce sens est mystérieux. Alors explorons ce mystère.

Quels sont les principales difficultés que vous avez rencontrées sur ce projet ?

Mais aucune en particulier ! Je pourrais dire les délais, mais j’aime travailler vite. Pour tout le reste, le scénario général était tellement fort qu’il a défendu tout seul les choix que nous avions effectués, durant les 3 années de mise au point et de réalisation. Si, à vrai-dire, il y a une difficulté : l’impossibilité de répondre à la question : M. Ravatin, vous êtes sûr que ça va marcher ? Non je n’en suis pas sûr, car je n’ai aucun moyen de prouver à l’avance que ce que j’ai en tête va marcher et pourtant j’en suis persuadé. Quoi que l’on pense, la faisabilité d’un grand projet n’est ni chez moi, ni dans toutes les études économiques du monde. Elle réside chez le commanditaire. Ce sont sa rigueur, sa confiance et son courage qui vont faire le projet. Et croyez-moi, c’est quelque chose.

Avez-vous d’autres projets où nous pouvons admirer votre travail ?

Admirer… impossible ! On traverse mes projets, donc on ne peut les admirer. Et c’est beaucoup mieux. Par contre, on repart peut-être avec quelque chose que l’on n’attendait pas : le fait de ne plus avoir été soi-même pendant un instant ou un moment, une découverte, une joie, un sentiment heureux, le souvenir d’un voyage, l’envie d’ouvrir un livre, celle aussi de revenir, vous savez, à cause du bonheur. Mais, oui, j’ai cette chance de pouvoir citer, dans mes aventures scénographiques, quelques projets qui font briller les yeux. Ainsi la copie de la Grotte Chauvet, ou de si beaux châteaux perdus dans les Vosges.