Outre des poissons, Aquatis présente également d’incroyables serpents et sauriens, très rares pour beaucoup d’entre eux et parfois extrêmement dangereux. Frissons garantis !

Ils ont embarqué sur la grande Arche d’Aquatis après le « naufrage » du Vivarium de Lausanne. De nombreux pensionnaires de cette vénérable institution, qui comptait l’une des plus belles collections de reptiles d’Europe, sont en effet montés à bord de cette nouvelle structure sise sur les hauteurs de Lausanne. Comment s’est fait le choix des espèces présentées au public? « Les reptiles et amphibiens sélectionnés doivent leur présence à la scénographie, d’une part, qui allie aquariums et terrariums sur un parcours conduisant le visiteur autour du monde, et, d’autre part, à l’intérêt qu’ils suscitent auprès des scientifiques – notamment via les programmes de sauvegarde des espèces – ou des visiteurs », répond Michel Ansermet, responsable de cette section à Aquatis et ancien directeur du Vivarium de Lausanne. « Nous avons également décidé de poursuivre sur notre lancée en mélangeant des espèces qui peuvent cohabiter ensemble. Au final, nous avons gardé 65% des animaux du vivarium, les autres, comme le faux-gavial d’Afrique ou le varan du Nil ayant été placés dans d’autres institutions zoologiques européennes. Aquatis héberge ainsi près de 150 reptiles et amphibiens d’une quarantaine d’espèces différentes, qui disposent toutes de grands espaces, au plus proche de leur habitat naturel. »
Parmi ces transfuges, qui seront les vraies stars ? Michel Ansermet cite un lézard, un crocodile, et cinq serpents. Honneur à l’incontournable « Naga », un dragon de Komodo. Il est l’ambassadeur de la plus grosse espèce de lézard du monde, puisqu’elle atteint en moyenne 2 à 3 mètres pour 70 kg ! « Comme ce reptile venimeux fait partie d’un programme de sauvegarde de son espèce, son capital génétique est recensé au sein d’une banque de données de futurs reproducteurs », précise l’herpétologue. A quand, donc, l’arrivée d’une partenaire ?

Un sacré crocodile

Autre animal impressionnant par sa taille : le crocodile sacré, qui mesure environ 3 mètres à l’âge adulte. Aquatis expose l’un des deux seuls couples visibles en Europe, mais est l’unique institution à avoir eu des naissances en captivité, dans le cadre du lancement d’un programme de sauvegarde de cette espèce décrite comme « docile ». L’histoire de ce crocodile est d’ailleurs intimement liée à la Suisse. « En 2003, Andreas Schmitz, collaborateur scientifique au Muséum d’histoire naturelle de Genève, s’est rendu compte que les crocodiles présents entre le lac Tchad et l’Afrique de l’Ouest étaient génétiquement différents des crocodiles du Nil, auxquels ils ressemblent à s’y méprendre, d’où la confusion. La génétique de cette espèce est beaucoup plus proche du crocodile américain qui vit à des milliers de kilomètres que du crocodile du Nil, son plus

proche voisin », explique Michel Ansermet. En 2011, cette découverte a été confirmée et son nom scientifique de Crocodylus suchus lui a été donné. Celui que l’on appelle communément crocodile sacré, crocodile du désert ou crocodile d’Afrique de l’Ouest a rapidement été déclaré « en danger d’extinction », puisqu’il n’en reste plus que 2000 à 3000 dans des petits plans d’eau situés au beau milieu du Sahara, environnement qu’Aquatis a d’ailleurs recréé. « Dans le lac Tchad, par exemple, on est passé d’un million de ces crocodiles en 1946 à trois en 2013, en raison de la chasse et du rétrécissement du lac », déplore le connaisseur.

Une incroyable collection de serpents

Ces imposants reptiles font écho à une incroyable collection de serpents. Comme les magnifiques vipères à fossettes du mont Mang Shan, annelées de vert et de gris. « Avec une taille de près de 2 m 30, ce sont parmi les plus grosses vipères du monde, souligne Michel Ansermet. Ce serpent n’a été découvert qu’en 1989, mais est déjà menacé. Il ne reste que 300 à 400 spécimens à l’état sauvage. La faute à ses prétendus pouvoirs aphrodisiaques, qui conduisent les riches Chinois à payer jusqu’à 10 000 francs pour boire leur sang et les manger. » Autre particularité notable : cette vipère possède les plus longs crochets à venin du monde des serpents, soit plus de 5 cm. On reste dans les mêmes teintes avec la vipère de Sumatra, pour la première fois présentée en Europe. Le mamba d’Afrique de l’Ouest, qui arbore des écailles vertes et jaunes serties de lignes noires, est quant à lui considéré comme l’un des plus beaux serpents du monde. « Il doit aussi sa légendaire réputation à son puissant venin, mortel », poursuit le passionné. « Très timide, il préfère heureusement la fuite dans les arbres à la confrontation, d’où le peu d’accidents avec l’homme. C’est d’ailleurs l’un des serpents les plus rapides, avec une vitesse de pointe dépassant les 25 km/h ». Parmi les serpents mythiques, on trouve également à Aquatis la vipère du Gabon, dont les coloris font penser à des feuilles mortes. Le taïpan du désert, lui, n’impressionne pas par ses couleurs, qui oscillent entre le beige et le noir, mais plutôt par sa dangerosité. Il ne s’agit ni plus ni moins que du serpent le plus venimeux du monde. « Il est présenté dans un enclos très particulier, puisque le décor est constitué d’une vieille bâtisse du bush australien qui s’est écroulée», annonce Michel Ansermet. De quoi frémir… de plaisir !