Généralement moins colorés que leurs cousins des récifs, ces vertébrés aquatiques ont en revanche bien souvent des attitudes plus surprenantes en période de reproduction. La preuve grâce à quelques-uns des pensionnaires d’Aquatis.

Les couleurs des poissons d’eau de mer ont de quoi faire pâlir plus d’un poisson d’eau douce ! Force est en effet de constater que les teintes extravagantes sont le plus souvent réservées aux espèces qui vivent dans les mers et les océans. Une « injustice » chromatique que leurs cousins des lacs, des fleuves, des rivières et des ruisseaux compensent par des comportements hauts en couleur. « Les poissons marins sont certes plus colorés, mais ne possèdent souvent pas la palette de comportements des poissons d’eau douce », confirme l’océanographe et ingénieur aquacole Frédéric Pitaval, initiateur du projet Aquatis. « Ces derniers ont dû développer des stratégies de reproduction peu communes pour s’adapter à des environnements hostiles. Les soins apportés par les géniteurs – que ce soit par le biais d’un ou des deux parents – à leur progéniture représentent une réponse permettant d’augmenter le taux de survie de leurs petits. Chez ces espèces, la taille des œufs est habituellement plus grosse que la moyenne, mais ils sont beaucoup moins nombreux. En fait, plus la stratégie nécessite des soins, plus le nombre d’œufs est faible ». Et les exemples affluent à l’esprit de ce spécialiste aussi rapidement que la marée. Il commence par évoquer le discus, l’un des plus beaux poissons d’eau douce, originaire d’Amazonie : « Chez cette espèce, les parents utilisent leur mucus pour allaiter leurs petits ! Il semblerait que les discus aient recours à cette technique singulière pour compenser l’acidité des eaux dans lesquelles ils vivent, qui est peu propice au développement d’animalcules (petits organismes que l’on voit au microscope, ndlr). Cela pallierait donc le manque de nourriture à disposition de leurs alevins. Ainsi nourris, ceux-ci pourraient grandir assez vite et, ensuite, trouver plus facilement des proies adaptées à leur taille. »

Le recours à des « nounous »

D’autres espèces de la famille des cichlidés ont développé des stratégies d’incubation buccale. « Le père ou la mère, voire les deux partenaires prennent en bouche les alevins et les protègent de cette façon jusqu’à ce qu’ils se développent suffisamment pour devenir autonomes », poursuit Frédéric Pitaval. Certains poissons-chats utilisent d’ailleurs ces cichildés comme nounous : « Quand les cichlidés commencent à pondre leurs œufs, ces poissons-chats (synodontis multipunctata) se précipitent pour déposer les leurs, alors mélangés avec les autres et pris en bouche par la femelle cichlidé », précise le spécialiste. « Les jeunes synodontis naissent ensuite les premiers et se nourrissent des œufs de cichlidés non éclos. La tactique utilisée dans l’avifaune par le coucou se reproduit sous l’eau ! »

L’analogie avec le monde des oiseaux ne s’arrête pas là, puisque certains autres poissons, les labyrinthidés, réalisent de véritables nids… de bulles, à l’intérieur desquels ils déposent leurs œufs, alors protégés des prédateurs. La bouvière, elle, fait confiance à la moule d’eau douce. Ce poisson européen utilise ce mollusque à double titre : d’une part comme bouclier protecteur pour assurer l’avenir de sa descendance, d’autre part comme nourriture. Elle pond en effet ses œufs dans la moule, puis les alevins se nourrissent du sang de leur hôte.
D’autres espèces, comme les raies d’eau douce, sont quant à elles ovovivipares, c’est-à-dire que les œufs se développent dans le ventre de la femelle, qui accouchera ensuite véritablement de petits poissons miniatures.

Des physiques atypiques

Des comportements surprenants, qui font parfois écho à des physiques très atypiques. Prenez le poisson alligator, l’un des plus grands poissons d’eau douce (jusqu’à 3 mètres de long). Cette espèce primitive qui peuple les vastes étendues d’eau d’Amérique du Nord est appelée ainsi en raison de sa ressemblance avec ces sauriens. Autre poids lourd des bassins non salés: l’esturgeon. Celui qui offre aux amateurs du genre le fameux caviar affiche également plusieurs mètres sous la toise.

Mais pas besoin d’être gigantesque pour faire peur! La preuve avec les piranhas. Quand on évoque la dangerosité, dans l’inconscient collectif, ils nagent quelque part entre les requins et les méduses. Un film éponyme a d’ailleurs contribué à leur réputation de tueurs sanguinaires. Mais la réalité est un peu différente. Il existe bien des espèces carnassières, capables de dévorer tout ce qui passe sous leur nez en période sèche (y compris un humain), quand la promiscuité est à son maximum, l’eau très chaude et la nourriture se fait rare. L’odeur du sang augmente alors un peu plus leur excitation. Mais beaucoup d’autres espèces de piranhas, généralement les plus grosses, sont totalement frugivores ou herbivores, comme les genres Myleus et Colossoma, présentés à Aquatis. « Nous montrons aussi des piranhas rouges, carnassiers, capables d’infliger de sévères morsures», précise Frédéric Pitaval. « Leur particularité est d’être très cannibales entre eux. Il est donc impossible de mélanger des lots différents sous peine de les voir se manger entre eux. Les individus doivent être rassemblés très jeunes et de la même taille pour minimiser les risques. » Une immersion en eau douce permet résolument de rencontrer de nombreuses «personnalités » différentes !